mercredi 16 mars 2016

Souvenirs souvenirs...

en 1965, avec les trois poids lourds de l'équipe de Meaux (Lachaume, Mairot et Minouflet ) dans la 4 CV de Minouflet. On l'a garée le long d'un trottoir en la soulevant à 4... Puis festival salle Japy.

http://www.ina.fr/video/CPF04006863/les-hommes-forts-video.html

Ma salle d'entraînement ressemblait à celle de ce reportage :

http://www.ina.fr/video/CPF04006530/l-homme-le-plus-fort-de-france-video.html

mercredi 2 décembre 2015

Dominique Heinrich

En 1990, le club que j'animais à Hérimoncourt fit un nouvel adhérent, Dominique Heinrich. Champion de France poids lourds à plusieurs reprises, entraîneur de l'équipe nationale police, Dominique devint mon ami. J'eus la douleur de le perdre à cause d'un cancer qui l'emporta peu avant son 40ème anniversaire. Voici quelques photos de lui au temps de sa gloire :



Dominique s'était, peu d'années avant son arrivée dans mon club, rompu un muscle au niveau du coude lors d'une compétition en Italie. Mal soigné, il en resta handicapé pour exécuter certains mouvements et cela le priva de compétitions officielles. Cependant, il s'entraînait comme la force de la nature qu'il était. J'en ai fait un portrait dans un petit roman policier écrit en 1998, sous le nom de Ludovic Hartmann :

"Un homme de haute taille fit un signe amical à l'entrée, avant de s'engouffrer dans les vestiaires. Pierrot sourit et lança:
 - Salut, Ludovic!
Mais une barre chargée lourdement tomba au même moment sur le sol, lâchée par un autre athlète, et le salut fut remis à plus tard.

L’homme que Pierrot avait interpellé revint en tenue, T-shirt blanc et cycliste noir satiné, et alla serrer les mains qui se tendaient dans la salle. Il irradiait littéralement la force. Son visage souriant avait une expression de bonté, et même, sans qu'il roule  des mécaniques, ses épaules et ses bras étaient tellement impressionnants qu'on imaginait mal qu'il eût parfois l'occasion de s'en servir dans une bagarre.
 - J'ai été retenu au commissariat. Tu sais, avec ce boulot, on n'a pas d'horaires.

Ludovic Hartmann avait été jusqu'à une date récente de nombreuses fois champion de France en poids lourds. Il mesurait une bonne demi-tête de plus que Pierrot, et pesait largement plus du quintal. Un estomac naissant signalait son goût pour la bonne chère, mais sans l'alourdir vraiment. Ludovic, enquêteur de police, se faisait des petits footings d’une quinzaine de kilomètres, avec son chien, le dimanche, quand les salles d'haltérophilie du coin étaient fermées. Quand elles étaient ouvertes, on était sûr de le trouver dans l'une d'elles, si une enquête ne l'avait pas retenu.
 - Alors, ces jeunes, on s'entraîne un peu?

Après quelques étirements, il saisit une barre et commença quelques séries d'épaulé, en augmentant progressivement la charge. Il ne parut vraiment faire un effort qu'à partir de cent quarante kilos. 
...
Un épaulé à cent cinquante, sans trop souffrir.
-Je pourrais presque m'aligner aux championnats de France, en bossant quelques mois. Mais à trente-cinq ans il vaut mieux que je laisse la place. Et puis j'ai du monde à entraîner!

Ludovic entreprit de monter une barre sur des tréteaux, et après quelques séries d'échauffement se mit à faire des squats avec deux cents kilos sur les épaules. Il poursuivait la conversation de sa voix douce, teintée d'un léger accent qu'il avait pris lors d'un séjour de quelques années dans un commissariat du midi de la France. Il ne semblait pas possible qu'il pût être essoufflé."

Outre sa force, Dominique était un garçon franc, dévoué et généreux. Au Téléthon 1992, notre club avait fait le pari de réaliser 1 000 arrachés à 50 kg. Nous en fîmes 1450. Dominique n'était pas encore malade. Le voici en pleine action :



lundi 20 octobre 2014

À L'ORIGINE...

À l'origine, il y a mon père. J'ai 10 ans, nous habitons Pont-de-Roide, dans le Doubs. Je me trouve malingre. Papa, qui a gardé une paire d'haltères de 1 kg et une de 2 kg, m'enseigne chaque matin la culture physique dans la salle de bains.

Face à face, moi avec les 1 kg et lui avec les 2 kg, nous passons 10 minutes à nous endolorir les bras et les épaules.

La graine est semée !
 6 ans plus tard, elle va germer dans la petite salle de poids et haltères de Meaux.

À l'époque, le nom de Charles Rigoulot disait encore quelque chose au commun des mortels...


Charles Rigoulot, l'homme le plus fort du monde dans les années 30, 
détenteur du record du monde à l'arraché à un bras ( ! ) avec 116 kg...

mercredi 15 octobre 2014

anniversaire

Cela fait 50 ans que j'ai mis les pieds pour la première fois dans une salle de poids et haltères. On y faisait guère de différence entre haltérophilie et musculation. On disait "culturisme" et non "body building". On disait "faire de la barre" pour faire de l'haltérophilie. On ne connaissait pas le mot "fitness". J'ai trouvé sur la toile un reportage sur un champion de l'époque, Jean-Paul Fouletier, qui montre une salle comme celle où j'ai soulevé mes premiers poids.
https://www.youtube.com/watch?v=Sj_b92gNdzA





C'était à Meaux, dans l'arrière-salle d'un restaurant, que j'ai découvert ce petit monde...
J'ai raconté ça dans Eldorado.


Un camarade lui donna l'adresse du club local. Il était situé derrière un café-restaurant, à un jet de pierre du lycée. Sans perdre un seul jour, le garçon s'y présenta et demanda au barman, qui lui indiqua les toilettes. Pas sûr d'avoir compris, il s'engagea dans un couloir, puis ouvrit une porte où était inscrit : SERVICE. Il traversa les cuisines et déboucha dans une cour pavée de façon irrégulière. Une porte cochère faite de planches disjointes, rongées au niveau du sol, laissait passer de la lumière - il était déjà six heures et c'était bientôt l'hiver. Le garçon agrippa ses doigts à un des vantaux et l'ouvrit dans un grincement.
Il resta sur le seuil, intimidé et gauche. La salle mesurait cinq mètres sur cinq, les murs étaient couverts de photos jaunies, parfois dédicacées, d'athlètes aux muscles impressionnants. Mais les haltérophiles présents, au nombre d'une demi-douzaine, n'avaient, aux yeux du visiteur, pas grand chose à envier aux photos de champions. Du feu rougeoyait derrière le mica d'un petit poële à bois, une Salamandre.
-                       Ben, je suis venu voir comment ça se passait...
-                       Chut…
-                       La porte !
Il referma la porte. Un homme corpulent, aux épaules rebondies, au visage rouge, était debout au centre de la pièce, devant une barre à disques, respirant bruyamment. Il regardait droit devant lui, sans avoir vu le nouveau venu. D'autres costauds l'entouraient, immobiles et silencieux, retenant leur souffle.
Enfin, le gros homme saisit sa barre, baissa son bassin, arqua son dos, et épaula et jeta la barre en deux temps trois mouvements - à moins que ce ne soit trois temps deux mouvements. Il la maintint un instant au-dessus de sa tête, pendant qu'un sourire de gosse venait illuminer sa large face, puis il la reposa sans trop de casse sur les planches épaisses qui en avaient déjà tant vu. Les assistants le congratulèrent chaleureusement.
Le garçon était émerveillé par les astuces qui avaient conduit, outre la force du leveur de fonte, la barre à bout de bras. Dans les instants de détente qui suivirent, un homme brun, portant lunettes, lui demanda :
-                       Tu veux t'inscrire ?
-                        Ben oui...
Et il se retrouva avec des haltères courts à la main, apprenant à compter mentalement le nombre de fois qu'il les levait. Le soir même le Président, un colosse de cent dix kilos, calme, bienveillant, sûr de sa puissance, lui promit un plan d'entraînement pour les semaines suivantes. Il le rédigerait dès que possible et le mettrait derrière une photo, sur un des murs. Le lendemain, le garçon trouva le papier plié, couvert d'une écriture soignée, et terminé par les mots : bon courage !

C'était Lachaume, le Président.


Dès lors, à chaque moment libre, le garçon quittait le lycée pour aller s'entraîner. Quand il était le premier, il allumait la Salamandre avec des journaux et du petit bois que les haltérophiles apportaient. Le patron du restaurant leur fournissait des boulets de charbon.
Le premier à rejoindre le garçon s'appelait Simon. C'était l'homme brun à lunettes qui l'avait accueilli le premier soir. Il était chauffeur de taxi et venait quand il avait un moment libre. Il posait ses habits et son sac sur une des banquettes de cuir usé qui bordaient les deux côtés de la salle. Il allumait ensuite son transistor (toute sa vie, le garçon se souviendrait du tube de cette année-là : toujours un coin qui me rappelle, d'Eddy Mitchell). Puis, torse nu, Simon se frictionnait longuement avec de la pommade Algipan, avant de s'échauffer par de multiples étirements. C'était un bel athlète de soixante-dix kilos, aux muscles puissants, mais bien détachés. Il tirait lourd, pour l'époque, dans un style encore peu utilisé par ses camarades de club.
Jamais aucun des bons Hercules qui enseignèrent leur art à Pierrot ne se moqua de sa faiblesse. Chacun se réjouissait à chaque progrès qu'il faisait, et, en un an, il parvint à soulever trois fois plus qu'à ses débuts. Il mesurait avec le mètre de couturière de sa mère la croissance de ses biceps, de sa poitrine, de ses cuisses, et plusieurs kilos de muscles vinrent étoffer sa silhouette, qui s'était enfin redressée. Il était maintenant fier de son corps, même si cela n'en avait pas fait un séducteur.