mercredi 2 décembre 2015

Dominique Heinrich

En 1990, le club que j'animais à Hérimoncourt fit un nouvel adhérent, Dominique Heinrich. Champion de France poids lourds à plusieurs reprises, entraîneur de l'équipe nationale police, Dominique devint mon ami. J'eus la douleur de le perdre à cause d'un cancer qui l'emporta peu avant son 40ème anniversaire. Voici quelques photos de lui au temps de sa gloire :



Dominique s'était, peu d'années avant son arrivée dans mon club, rompu un muscle au niveau du coude lors d'une compétition en Italie. Mal soigné, il en resta handicapé pour exécuter certains mouvements et cela le priva de compétitions officielles. Cependant, il s'entraînait comme la force de la nature qu'il était. J'en ai fait un portrait dans un petit roman policier écrit en 1998, sous le nom de Ludovic Hartmann :

"Un homme de haute taille fit un signe amical à l'entrée, avant de s'engouffrer dans les vestiaires. Pierrot sourit et lança:
 - Salut, Ludovic!
Mais une barre chargée lourdement tomba au même moment sur le sol, lâchée par un autre athlète, et le salut fut remis à plus tard.

L’homme que Pierrot avait interpellé revint en tenue, T-shirt blanc et cycliste noir satiné, et alla serrer les mains qui se tendaient dans la salle. Il irradiait littéralement la force. Son visage souriant avait une expression de bonté, et même, sans qu'il roule  des mécaniques, ses épaules et ses bras étaient tellement impressionnants qu'on imaginait mal qu'il eût parfois l'occasion de s'en servir dans une bagarre.
 - J'ai été retenu au commissariat. Tu sais, avec ce boulot, on n'a pas d'horaires.

Ludovic Hartmann avait été jusqu'à une date récente de nombreuses fois champion de France en poids lourds. Il mesurait une bonne demi-tête de plus que Pierrot, et pesait largement plus du quintal. Un estomac naissant signalait son goût pour la bonne chère, mais sans l'alourdir vraiment. Ludovic, enquêteur de police, se faisait des petits footings d’une quinzaine de kilomètres, avec son chien, le dimanche, quand les salles d'haltérophilie du coin étaient fermées. Quand elles étaient ouvertes, on était sûr de le trouver dans l'une d'elles, si une enquête ne l'avait pas retenu.
 - Alors, ces jeunes, on s'entraîne un peu?

Après quelques étirements, il saisit une barre et commença quelques séries d'épaulé, en augmentant progressivement la charge. Il ne parut vraiment faire un effort qu'à partir de cent quarante kilos. 
...
Un épaulé à cent cinquante, sans trop souffrir.
-Je pourrais presque m'aligner aux championnats de France, en bossant quelques mois. Mais à trente-cinq ans il vaut mieux que je laisse la place. Et puis j'ai du monde à entraîner!

Ludovic entreprit de monter une barre sur des tréteaux, et après quelques séries d'échauffement se mit à faire des squats avec deux cents kilos sur les épaules. Il poursuivait la conversation de sa voix douce, teintée d'un léger accent qu'il avait pris lors d'un séjour de quelques années dans un commissariat du midi de la France. Il ne semblait pas possible qu'il pût être essoufflé."

Outre sa force, Dominique était un garçon franc, dévoué et généreux. Au Téléthon 1992, notre club avait fait le pari de réaliser 1 000 arrachés à 50 kg. Nous en fîmes 1450. Dominique n'était pas encore malade. Le voici en pleine action :



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